escaudain Pourquoi à Escaudain, une rue, de grande importance, s'est-elle appelée la "rue del'fille" comme nous le confirme cette carte postale du début XXe siècle ?

 

Les noms anciens des rues de nos villes et villages sont riches de belles histoires.  Prenons l'exemple d'Escaudain. Sur cette carte postale ancienne, qui porte au verso un cachet de la poste indiquant qu'elle a été expédiée en 1906, apparait comme nom de rue, l'indication " rue delfille". Sur d'autres documents, le nom change un juste un peu : "rue del fille", "rue de l'fille" , et plus étonnamment "rue delphile".

A priori, cette fille ne peut qu'être particulière ou avoir réalisé un fait hors norme pour que cette rue fasse ainsi allusion à elle. Il y a toutefois, une énigme : rien ne précise le nom ou le prénom de la dite fille. Alors, de qui s’agit-il ? .... Les historiens locaux d'Escaudain (Francis Dupire, André Lebon, André Canivez ou encore Gilbert Dhenain) nous éclairent.

Cette fille dont il est fait allusion est la fille d'un maire dénommé : Antoine Norman. Il habite évidemment la Grande Cense, c'est à dire, dans cette grande ferme qu'est aujourd'hui le Jardin Public. Sa fille est prénommée Marie Augustine. Elle nait en 1646 et décède en 1746, ce qui fait d'elle une centenaire. Vous le devinez : un fait de cette nature est particulièrement exceptionnel à cette époque et marque les habitants. Cette Marie Augustine devient alors la référence dont tout le monde parle. L'évènement est tel que peu à peu, les habitants s'en réfèrent pour évoquer la rue où elle a habité. On ne va plus parler du chemin de Neuville, mais de la rue où habite la  fille du maire qui a vécu 100 ans, c'est à dire la rue de l'fille, la rue del fille....  peu importe son nom ou même son prénom, ce qui est rappelé ici, dans l'usage courant, dans le langage populaire, c'est juste "la fille du maire". escaudain

Remarquez sur cette carte postale, le marchand ambulant, sa "carrette à baudet" et, au niveau des essieux, un chien qui vient en appui de l'âne pour tirer la charrette. Voir l'article : Le sable blanc d'Arenberg dans les estaminets d'Escaudain.

escaudain rue delphile

Cette fois, la rue est appelée "rue delphile". Nous nous situons au niveau des N° 34 et 36 de l'actuelle rue Paul Bert. L'estaminet (portant comme il se doit, une pancarte en bois au dessus de la porte d'entrée) se situe au N°38. Cette maison existe toujours même si la façade a été quelque peu transformée.

Cette appellation va s'installer dans la durée.  La fille du maire, la centenaire d'Escaudain, décède en 1746 et  cent soixante ans plus tard, sur une carte postale, c'est bien d'elle dont il est fait allusion.

Officiellement, le nom de cette très vieille rue a longtemps été "chemin de Neuville" puisqu'il conduit à ce village et surtout à l’Escaut et aux marais qui marquent alors la limite du territoire d'Escaudain(1). Une partie de ce chemin est connu aussi sous l’appellation de "chemin des vaches", autrement dit, du chemin utilisé pour aller conduire les vaches allant paitre les vertes et hautes herbes des prés marécageux du bord de l’Escaut. C'est ce même chemin qui est emprunté pour aller moudre le grain au moulin de Neuville.

Avec l'exploitation charbonnière et la construction des maisons pour les familles de mineurs, apparait ensuite le terme de "coron des vaches" (lire ici l'article à ce sujet). Par la suite, le chemin de Neuvlle change de nom(2) et devient rue Paul Bert(3).

escaudain rue paul bert

Nous retrouvons ici exactement la même photo, mais avec deux différences : le numéro de la carte postale a changé (il passe du N°1730 au N° 6033) et une étonnante mise à jour a été effectuée, puisque cette fois, la rue est bien dénommée "rue Paul Bert".

escaudain  

 

(1) Escaudain, par un échange de parcelles avec Lourches, perd son accès direct à l'Escaut en 1843.

(2) D'autres exemples de changements de noms de rue : rue de l'église (rue Felicien Joly), route de Douai (avenues Jules Guesde), rue de l’hôpital (rue Victor Hugo), chemin "d'abescon" (rue Danton), rue de la station (rue de la gare - rue Jean Jaurès), etc...

(3) Homme politique français (1833-1886). Nommé préfet du Nord par son ami Gambetta, il est élu député de l'Yonne (1872) et devient, en 1881-1882, ministre de l'Instruction publique dans le cabinet Gambetta. Il lutte pour défendre les lois de Jules Ferry sur l'enseignement primaire (laïque, gratuite et obligatoire), sur l'admission des jeunes filles dans le secondaire et sur l'introduction des sciences dans l'enseignement. Il publie en 1881 L'Enseignement laïque, suivi de plusieurs manuels primaires et secondaires sur les sciences physiques et naturelles ( Sources : Universalis).

Francis Dudzinski-Ozdoba. Historien & Journaliste. Contact

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A Lire

 "Mémoire en Images. Escaudain". G.Dhénain, A.Lebon et M.Lehut. Éditions Sutton. 1998

Commentaires  

#11 Marisa Piras 16-01-2018 22:47
merci beaucoup pour ces fabuleuses explications fort enrichissantes. Bravo messieurs les historiens, vous éclairez nos lumières et je salue votre travail
#10 Dudzinski-Ozdoba Francis 15-01-2018 10:06
Citation en provenance du commentaire précédent de Virginie Dapsence :
Sauriez vous donner la signification de la rue de la pied sente ?

"la pied de sente", nom féminin, signifie le petit sentier (un raccourci) que l'on ne peut emprunter qu'à pied. Vient du terme ancien "piessente". En patois de chez nous - le rouchi - on dit : "piéchinte", "piésinte".
A la différence d'un "chemin" qui a longtemps signifié la voie en partie ou totalement bordée de maisons, et sur laquelle peuvent cheminer outre les piétons bien sur, mais aussi les charrettes et autres attelages. Le terme "chemin" a progressivement été remplacé, au XIXe siècle, par le nom féminin "rue".
#9 Virginie Dapsence 15-01-2018 09:21
Sauriez vous donner la signification de la rue de la pied sente ?
#8 Claudine Giuggia Petithory 12-01-2018 17:16
super cette histoire je ne le savais pas c'est très enrichissant merci à nos historiens d'Escaudain
#7 Noella Krawczyk 10-01-2018 17:23
Superbe histoire bravo
#6 Janinka Janinka 08-01-2018 12:30
super de raviver la mémoire ou faire découvrir des faits locaux souvent méconnus
#5 Patrick Petit .. 08-01-2018 12:27
a faire lire aux jeunes ..... posez les portables et lisez non de non , c'est l'histoire de votre ville ....