bouchainLes gares de Lourches et de Bouchain, sur bien des points identiques, sont nées du déploiement, en 1857 et 1858, de la ligne ferroviaire reliant Somain à Busigny. Aujourd’hui, cette ligne est toujours en activité, mais la plupart de gares ont été détruites. Dans le Valenciennois, il ne que reste que celle de Bouchain. Plus qu’une gare, ce bâtiment est un patrimoine de grande valeur historique. Le détruire est une aberration. Explications.

La mémoire de l’épopée ferroviaire du Nord et du Valenciennois en particulier.

La ligne ferroviaire Somain-Busigny a été concédée à la Compagnie des Chemins de fer du Nord (la CCFN, présidée par le Baron de Rothschild) en 1852. Elle dessert, après de nombreux ajustements  opérés sur le projet initial, les gares de Somain, Lourches, Bouchain, Iwuy, Escaudœuvres, puis Cambrai, Caudry et le nœud ferroviaire de Busigny. De Busigny, la ligne file vers Saint Quentin, Noyon, Compiègne puis Paris.
En amont, à partir de Somain, s’ouvrent les accès vers Douai et Valenciennes (via la ligne qui passe par Wallers-Arenberg et Raismes). Elle est également dès le départ connectée à la ligne de la Compagnie des Mines d’Anzin, reliant, toujours depuis Somain, les gares des Mines d’Abscon, Escaudain, Denain et Anzin.
C’est donc un axe de grande importance pour la CCFN, tant pour le trafic de passagers que, surtout, celui de marchandises (charbon). L’axe Somain Lourches est ouvert en octobre 1857 et Lourches-Bouchain-Cambrai-Busigny en juillet 1858.
Des abris provisoires puis des bâtiments accueillant les voyageurs sont construits à partir des années 1860.

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Une architecture caractéristique de la Compagnie des Chemins de fer du Nord

Les cahiers des charges de la construction des gares font naitre des édifices présentant des caractéristiques communes. Pour le cas des gares des gares de Lourches et de Bouchain, la similitude est exceptionnelle. Les deux bâtiments initiaux sont identiques comme le montrent ces deux cartes postales anciennes.

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Le bâtiment voyageur de la gare, bâti en maçonnerie de briques, comprend, exactement comme celui de Lourches, un corps central à deux étages et deux ailes de chaque côté. Le corps central est surmonté d’un toit à deux pans. Sa façade est soulignée par 4 pilastres de briques entrecoupées de pierres blanches soulignant à la fois la hauteur et les étages. L’entrée du bâtiment est marquée par une porte en plein cintre, accompagnée, de part et d’autre, de 2 portes-fenêtres plus étroites (ces dernières ont depuis été transformées en simple fenêtres).

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La façade des bâtiments latéraux est rythmée par 3 baies en plein centre à droite, et deux à gauche. Chacune de ces baies, ainsi que celles de la façade sont surmontées d’une petite frise de briques saillantes très caractéristique. les pignons des édifices latéraux sont surmontés, dans leur partie centrale, d’une élévation en briques qui porte le cartouche indiquant le nom de la gare. Les fenêtres aux étages sont dotées d’un garde-corps métallique.

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La dernière gare historique non encore détruite

La gare dite de Lourches (située en fait sur le territoire de Roeulx) va subir de grandes destructions durant la première et la seconde guerre mondiale. Résultat, elle va être reconstruite plusieurs fois, pour disparaitre définitivement et être remplacée par un simple abri pour voyageur. La gare de Bouchain quant à elle, connait une destinée différente.

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IGN . à gauche : carte d'état major 1820-1866 - A droite : carte 1950. Montage : fdudzinski.

Au cours de longues negociations, l’Armée impose, dès le départ, sa construction bien loin des remparts et de la zone dite non-ædificandi en bordure des dits remparts. La gare est ainsi construite sur la basse ville, proche de la route Douchy-Iwuy-Cambrai, mais un peu à l'écart du vieil Escaut. Assez étonnamment, l’édifice ne subit pas trop les conséquences des guerres. La gare de Bouchain occupe une place essentielle dans l’accompagnement de l’industrie locale : les verreries et sucreries locales, les meuniers Risbourg ou encore à partir de 1912, de la société Zinciques. Reliée aux centres industriels de Lourches et Denain, la ligne Somain-Busigny, via Bouchain permet le transport des produits charbonniers, métallurgiques et sidérurgiques vers Cambrai, Saint-Quentin, et l’Ile de France.

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Détruire le bâtiment-voyageurs de la gare revient à gommer définitivement une pièce majeure de notre histoire ferroviaire et industrielle en Ostrevant.

Après la destruction de la gare de Lourches et des gares des Mines de Denain, d’Escaudain et d’Abscon, le patrimoine ferroviaire du XIXe siècle ne repose que sur la gare de Bouchain. C’est le dernier édifice restant et conservé quasi dans son état d’origine. Voilà pourquoi, il est inconcevable d’imaginer sa destruction.

Il revient ainsi, à la SNCF de sursoir à sa décision de démolition. Durant cette période, responsables de la SNCF, élus locaux, élus de l’agglomération de la Porte du Hainaut, élus régionaux, responsables associatifs de défense du patrimoine, historiens, office de tourisme, architectes, urbanistes, responsables culturels etc… doivent travailler ensemble à définir un nouvel avenir à ce bâtiment-voyageurs de la gare de Bouchain, ainsi qu’à la magnifique halle à marchandises.

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Dans la perspective d’un nouvel usage, ce bâtiment voyageurs et cette halle à marchandises peuvent devenir un formidable lieu de renaissance et de développement (entre autre culturel) pour Bouchain et cette partie de l’Ostrevant.
Il est urgent de protéger les deux bâtiments, d’étudier un éventuel classement au titre des monument historique.
Ces deux extraordinaires et historiques bâtiments ne sont pas un poids ou une charge, mais une réelle richesse.

© Francis Dudzinski-Ozdoba. Historien & Ecrivain. Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

dudzinskiPour plus d'informations sur la place du  ferroviaire dans l'histoire industrielle du bassin de Bouchain-Denain, voir le chapitre 5 ( "fluvial et ferroviaire au service de l'industrie". Page 87 à 113) de mon livre ( "Denain, histoire d'un bassin industriel") .  Éditions Sutton.