paris roubaix1919Évoquer " l'enfer du Nord" à l'occasion du passage des coureurs du Paris-Roubaix sur les secteurs pavés du Valenciennois est une erreur historique. En effet, ce terme, oh combien péjoratif, de "l'enfer" ne vient nullement des pavés du Nord, ni à fortiori de la célèbre "trouée d'Arenberg", mais de la guerre et plus précisément, de l’après-guerre 1914-1918. Explications.

 

Le dimanche 20 avril 1919 est organisée la vingtième édition de la course cycliste Paris-Roubaix. La course s'est arrêtée en 1914. Elle renait cinq ans plus tard, mais dans les pires conditions. Nous sommes juste au lendemain de la terrible guerre de 1914-1918. Les combats ont été particulièrement longs et extrêmement destructeurs, pour les hommes, les villes et les campagnes, dans la Somme, l'Aisne, le Pas de Calais et le Nord.  

Après Amiens, la course, longue de 280 kilomètres, arrive à Doullens, dans la Somme et doit éviter Arras. En effet, les routes y sont impraticables. Partout, les conséquences des combats et des bombardements sont visibles. Les trous d'obus sont innombrables. Bien des maisons, des églises, des fermes sont quasi-détruits. Les quelques arbres encore présents sont souvent déchiquetés. Des centaines d'amas de gravats marquent le paysage.

Les pavés sont omniprésents, mais c'est normal : le goudronnage des routes nationales n'est institué qu'à partir du 19 septembre 1922 (et considérablement amplifié, avec l'emploi d'un bitume pur, dans la décennie 1950-1960).

La course se dirige vers Saint Pol sur Ternoise, puis entre dans le Bassin Minier, passe par Béthune. Là aussi, tout n'est que destruction et désolation. Puis, direction La Bassée, Annœullin et arrivée à Roubaix, non pas au vélodrome, détruit par les Allemands, mais sur la petite "avenue" de Jussieu, en bordure de l'actuel Parc Barbieux.

paris roubaix1919

Les journalistes français et britanniques qui couvrent l'évènement parlent alors de "l'enfer du Nord". Mais ils n'évoquent pas des pavés, ni à fortiori, des pavés du valenciennois et sa "trouée d'Arenberg" : la course n'y passe pas !

La course n'est pas "l'enfer", mais la course traverse "l'enfer du Nord". L'enfer ainsi évoqué, c'est l'après-guerre, ce sont les paysages meurtris, dévastés. Ce sont les routes bien souvent impraticables tant pour les cyclistes que les voitures. Deux chiffres résument la situation : seuls 25 coureurs sur les 77 inscrits au départ, parviennent à finir la course à Roubaix. Quant aux voitures des équipes sportives, elles sont moins d'une dizaine à parvenir à l'arrivée sur les 40 à avoir pris le départ. Le vainqueur, après 12 heures de course, est Henri Pélissier. Il a roulé à la moyenne horaire de 23 km/h seulement.

Très vite, il y a amalgame entre le fait historique et la course cycliste. Avec cette expression "enfer du Nord", une image d'Epinal est née. Les organisateurs du Paris-Roubaix et de nombreux médias, hier comme aujourd'hui, se plaisent à la maintenir car elle affiche une spécificité à la course, estiment-ils... La conséquence est qu'avec ce type d'amalgame, c'est toute la région qui a longtemps été vue - de l'extérieur - comme ... "l'enfer du Nord".

Quant à la véritable histoire du secteur pavé de la "Trouée d'Arenberg", je vous en parle dans un prochain article.

Francis Dudzinski-Ozdoba. Historien & JournalisteCette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

paris roubaix le livrePour plus de détails : le livre de Jean-Paul Bourgier, "1919, le Tour renaît de l'enfer : De Paris-Roubaix au premier maillot jaune". 2014. Éditeur : le Pas d'oiseau, Toulouse

Commentaires  

#3 Jacques Dupont 30-03-2018 10:52
Grande leçon d' histoire ! À votre intention Messieurs les journalistes !
#2 sylvain kop 29-03-2018 08:42
vous voyez ca uniquement comme historien et c'est bien expliqué mais d'un point de vu cycliste c'est autre chose sur les pavés c'est dur
#1 maxime 28-03-2018 21:33
bon decryptage